Le Canada a longtemps été reconnu comme un ardent défenseur des libertés civiles et de la vie privée en ligne. Cependant, en 2025, cette image est confrontée à de nouveaux défis, alors que le pays se trouve à l’intersection de menaces cybernétiques en constante évolution, d’une législation complexe et d’un engagement continu à protéger les droits individuels. Le paysage numérique canadien évolue rapidement, et comprendre ces dynamiques est essentiel pour chaque citoyen et chaque entreprise.

Les menaces croissantes dans un monde numérique intensifié

Le Canada fait face à un environnement de cybermenaces de plus en plus complexe, caractérisé par des acteurs étatiques sophistiqués, un écosystème de cybercriminalité persistant et l’impact amplifié des nouvelles technologies.

  • Cybermenaces étatiques : Des acteurs hostiles tels que la République populaire de Chine (RPC), la Fédération de Russie, la République islamique d’Iran et l’Inde sont activement engagés dans la surveillance cybernétique, l’espionnage, le vol de propriété intellectuelle, l’influence maligne et la répression transnationale. La RPC, en particulier, est considérée comme la menace cybernétique étatique la plus sophistiquée et active, ciblant tous les niveaux de gouvernement et l’écosystème d’innovation canadien.- Cybercriminalité généralisée : Le rançongiciel reste la principale menace cybercriminelle, affectant un large éventail d’entreprises canadiennes et d’infrastructures critiques, y compris la santé, l’énergie et les secteurs gouvernementaux. En 2023, les paiements de rançongiciels ont dépassé 1 milliard de dollars à l’échelle mondiale. Les fraudes et les escroqueries persistent également, de plus en plus sophistiquées grâce à l’intelligence artificielle.- L’amplification par l’IA : Les technologies d’intelligence artificielle abaissent les barrières à l’entrée pour les cybercriminels et les acteurs étatiques, améliorant la qualité et la portée des activités malveillantes, y compris la génération de deepfakes et de campagnes d’influence en ligne.

Réponses législatives et défis pour la vie privée

En réponse à ces menaces, le Canada met en œuvre des stratégies et des changements législatifs, mais ceux-ci s’accompagnent de leurs propres défis en matière de protection de la vie privée et de liberté d’expression.

  • Modernisation de la Loi sur le SCRS (Projet de loi C-70) : Ayant reçu la sanction royale en juin 2024, le projet de loi C-70 met à jour la Loi sur le SCRS, offrant de nouvelles autorisations judiciaires pour permettre au SCRS d’opérer dans un monde numérique et axé sur les données, tout en renforçant son engagement avec les parties prenantes. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) vise également à améliorer la transparence et la reddition de comptes, notamment par la création d’un bureau de l’Ombuds.- Stratégie nationale de cybersécurité (2025) : Cette nouvelle stratégie met l’accent sur une « approche pangouvernementale » et un « leadership agile » pour sécuriser l’avenir numérique du Canada, en se concentrant sur la protection des Canadiens, le leadership de l’industrie de la cybersécurité et la détection et la perturbation des cybermenaces.- Réformes des lois sur la protection de la vie privée :Projet de loi C-27 : Ce projet de loi, qui pourrait remplacer la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE) fédérale et introduire la première loi canadienne sur l’IA, prévoit des sanctions financières potentiellement sévères en cas de non-conformité (jusqu’à 25 millions de dollars ou 5 % des revenus bruts mondiaux).- Lois provinciales : Des provinces comme l’Alberta, la Colombie-Britannique et le Québec ont leurs propres lois sur la protection de la vie privée. Cependant, une décision de la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta a déclaré qu’une partie de la loi sur la protection des renseignements personnels (PIPA) de l’Alberta était inconstitutionnelle en raison de sa portée excessive, car elle restreignait la liberté d’expression en ne distinguant pas les activités nuisibles (comme celles de Clearview AI) des activités bénéfiques (comme les moteurs de recherche généraux) lors de la collecte de données « accessibles au public ».- Projets de loi C-2 et C-4 : Des défenseurs de la vie privée s’inquiètent de ces projets de loi. Le projet de loi C-2 permettrait un accès sans mandat aux informations de base sur les abonnés à internet (adresses IP, heures de connexion), ce qui pourrait saper les normes de confidentialité établies. Le projet de loi C-4 accorderait l’immunité rétroactive aux acteurs gouvernementaux qui ont accédé illégalement aux données des Canadiens « de bonne foi », ce qui soulève des questions sur la reddition de comptes. Cybersécurité des infrastructures critiques (Projet de loi C-26) : Ce projet de loi devrait être adopté en 2025, imposant de nouvelles exigences pour des programmes de cybersécurité robustes, des rapports d’incidents et la tenue de registres pour les services vitaux. Cependant, des avocats de la société civile soulignent l’importance de protéger le chiffrement, d’assurer la transparence des ordonnances gouvernementales et d’empêcher l’utilisation abusive des données à des fins de surveillance non liées.Services bancaires ouverts (Open Banking) : La Loi sur les services bancaires axés sur le consommateur (LSBAC), adoptée en 2024, vise à améliorer l’accès des consommateurs à leurs données financières et à faciliter les services financiers innovants, agissant comme un régime de portabilité des données basé sur le consentement.

L’importance du chiffrement fort et de la souveraineté numérique

Le Canada considère le chiffrement fort comme un impératif stratégique pour sa sécurité nationale, son avenir économique et sa souveraineté numérique.

  • Défense du chiffrement : Le Canada soutient explicitement le chiffrement fort, rejetant l’idée de mandater des portes dérobées ou un « accès exceptionnel » aux services chiffrés. Cette position protège la vie privée, la propriété intellectuelle et les communications sensibles, favorisant la confiance dans l’économie numérique. Il est essentiel de protéger le chiffrement, d’assurer la transparence des ordonnances gouvernementales et d’empêcher l’utilisation abusive des données à des fins de surveillance non liées.- Souveraineté numérique : Les préoccupations concernant les infrastructures internet canadiennes « faiblement posées, faiblement liées et profondément vulnérables », avec de grandes quantités de données acheminées via les États-Unis et la plupart des services infonuagiques hébergés par des entreprises américaines, soulèvent des questions sur la souveraineté numérique du Canada.

Que pouvez-vous faire ?

Alors que le Canada continue de s’adapter à ces défis numériques, il est crucial que les individus et les entreprises restent vigilants et proactifs.

  • Pour les individus : Utilisez un navigateur privé, un VPN pour chiffrer votre trafic et masquer votre adresse IP, et des applications chiffrées de bout en bout pour vos communications.- Pour les entreprises : Auditez régulièrement la collecte d’informations personnelles, renforcez les mesures de sécurité avec le chiffrement et des contrôles d’accès basés sur les rôles, formez vos employés aux meilleures pratiques, et mettez en place un plan de réponse aux violations. Assurez une politique de confidentialité transparente et examinez-la chaque année. La conformité à la LPRPDE et aux lois provinciales est une nécessité juridique.- Soutenez les organisations de veille juridique : Des groupes comme OpenMedia militent pour une réforme fondamentale de la politique numérique du Canada, en prônant des lois respectueuses des droits en matière de vie privée et de sécurité en ligne, sans affaiblir le chiffrement.

En 2025, la protection des données des clients et des citoyens est aussi cruciale que la protection des actifs physiques. En respectant les exigences légales, en maintenant une politique de confidentialité transparente et en renforçant la cybersécurité, les entreprises et les citoyens peuvent bâtir la confiance nécessaire à une croissance à long terme et à une société numérique libre et sécurisée.